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11 novembre 2009 3 11 /11 /novembre /2009 14:34

Tumultes à Paris

 

Quelques années plus tard, les Toréadors de France ne purent empêcher le pape Alexandre II de donner son accord aux Normands pour l'assaut contre l'Angleterre. En 1066, les hommes de Guillaume débarquèrent à Pevensey et gagnèrent la bataille de Hastings. A Noël, Guillaume fut sacré roi d'Angleterre : les Ventrues de Garibald bénéficiaient d'un soutien inespéré dans leur lutte contre Alexandre et Saviarre. Les Brujahs de Quintilius firent à nouveau parler d'eux en investissant Paris. Pendant plusieurs mois, la ville fut particulièrement dangereuse pour les membres de la Cour. Deux Toréadors périrent sous les coups des hommes de Quintilius mais cela ne suffit pas à déstabiliser la Cour, loin de là. Par contre, le soulèvement de Louis de Beaurain et d'Orry du Clan Brujah fit grand bruit. Retirés depuis plusieurs semaines, ils avaient accumulé suffisamment de forces et d'informations pour menacer Saviarre et Alexandre. C'est au cours d'un trajet souterrain entre les anciennes thermes romaines et les sous-sols du palais royal que l'assaut eut lieu. Goules et vampires luttèrent pendant plus d'une heure contre des caïnites inconnus pendant que Louis faisait irruption dans la salle de réception des thermes. Alexandre et Saviarre furent repoussés jusqu'à leur refuge du palais et fuirent jusqu'au cimetière des Saints Innocents, couverts par les Nosferatus de Guillaume. Orry fut démembré par ces mêmes Nosferatus au cours des combats. Pendant ce temps, Louis fuit et tenta de rallier à sa cause ses frères Toréadors. Il tint près de deux semines avec de jeunes Toréadors et quelques Ventrues ambitieux mais la riposte de Saviarre fut sans appel. Elle rappela ses Fidèles de Normandie et les lâcha dans les souterrains avec pour ordre d'abattre tous ceux qui ne répondraient par l'affirmative à " Dieu, Alexandre et le roi de France pour maîtres de Paris ". Le carnage fut retentissant et Saviarre vida de son sang l'imprudent Louis non sans s'être assurée que cette Amaranthe soit vue de tous et puisse servir d'exemple. La salle des thermes acquit le sobriquet peu usité de Chambre des Cendres, eu égard aux débris pulvérulents des vampires assassinés qui en jonchaient le sol. C'est à ce moment que Saviarre étreignit Gonzague, son conseiller religieux qui n'avait pas hésité à offrir son corps comme rempart contre les griffes des assaillants.

 

Les lumières de Paris attirent les foules

 

Les tensions internes à la Cour laissèrent le temps aux opposants de la Cour de s'organiser. Les Brujahs de Quintilius s'implantèrent dans le commerce tandis que les Lasombras réitérèrent discrètement leur tentative de prise de contrôle de Paris. Avec une méfiance, une discrétion et une courtoisie à toute épreuve, cette fois. Le Magister Quintavallis fut envoyé au plus fort de la guerre contre la Normandie, en 1057, et s'installa à l'est de la capitale. Il se fit passer pour le seigneur des lieux en supprimant tout l'entourage proche du châtelain et en y plaçant goules et infants. Ses objectifs étaient simples : retrouver son influence sur l'église et contrer les efforts de Gonzague, l'infant de Saviarre. Les Flandres et la Champagne se profilaient comme de futures contrées commerciales et attirèrent les Ravnos et les Ventrues de moindre condition ayant sacrifié leur noblesse pour le commerce. Dans le royaume de France même naquit une faction " populaire " opposée au régime de Saviarre, les Mains Sales, une congrégation de Gangrels, Nosferatus, Ravnos ainsi que quelques Sethites qui cherchait à contrer par tous les moyens les plans de la Cour, quels qu'ils fussent. Cette faction n'avait guère d'influence au niveau du royaume mais entretenait les frictions, les risques au cours des trajets ainsi que la divulgation d'informations aux ennemis. L'infant de Sigebert, Richard de Yerville, étreint en 1042, lutta contre ce ramassis de contestataires. Bien sûr, la Cour restait partagée et l'inertie d'Alexandre ne contribuait en rien à éclaircir la situation.

 

Saviarre, reine de France ?

 

Dès lors, les apparitions d'Alexandre furent exceptionnelles et c'est Saviarre qui donnait le ton à la Grande Cour de Paris. Elle fit aménager de nouveaux sites de réunion et aux traditionnels souterrains des thermes de Cluny et du palais royal sur l'île de la Cité vinrent s'ajouter la salle de conseil des Champeaux, située dans plusieurs maisons cossues au nord du marché des Halles, la bibliothèque de Saint Eustache et les voûtes de l'hôtel Saint Hilaire, sur la rive gauche. Elle confia officiellement à son infant Gonzague la direction des affaires religieuses et entra en contact avec des Ventrues commerçants qui avaient choisi Paris comme base de négoce. Bien que souffrant du mépris à peine dissimulé des Ventrues de la Cour, Baptiste et Felip de Lombardie se montrèrent de plus en plus souvent à la salle des Champeaux. Conrad d'Aunoi, fidèle à Saviarre fit de Théodule son infant et le plaça sur la rive gauche, à l'affût du monde universitaire et des Brujahs de Septimus. Guillaume, toujours transi d'amour pour sa reine, se dévouait pour sa cause sans répit et rallia une partie des Nosferatus de Paris sous sa bannière . Il constituèrent la faction des Fidèles, même dénomination que celle utilisée pour les servants de Saviarre infiltrés en Normandie mais teintée d'ironie. Cassius conscient de manquer perpétuellement d'ambition aux moments clés de l'histoire de Paris attisa le mouvement de contestation à l'encontre de Saviarre et mobilisa les quelques Nosferatus et Malkavians qui l'écoutaient encore. Les Toréadors refusèrent de s'allier à un homme prêt à recourir aux services des Rats et des Déments pour assouvir ses désirs et poursuivirent seuls leurs intrigues intestines. Les Gangrels Simon et Schreier s'éloignèrent progressivement de la Cour et de Paris pour s'intéresser à l'accélération de la déforestation. Simon quitta la ville et partit dans toute l'Europe afin de savoir ce que cela présageait pour la suite : il pressentait déjà l'explosion urbaine du XII° siècle. Son infant Schreier le représentait à la Cour mais, nostalgique de sa condition humaine, préféra s'installer en ville et se mêler aux mortels tant que cela serait possible. Thibaud offrit deux nouveaux vampires à la Cour en 1064 et en 1072 : Marion et Brice. Brice, un clerc de l'université était promis à un brillant avenir de médecin tandis que Marion s'avérait fort habile dans l'obtention d'informations auprès des riches nobles et bourgeois mâles. Saviarre vit d'un mauvais oeil un caïnite aussi prolifique et hostile de surcroît. Elle ne pouvait toutefois pas désobéir aux bénédictions formelles d'Alexandre qui désirait satisfaire un des ses plus fidèles alliés. Les Toréadors continuèrent de placer leurs éléments dans les rangs de l'église mais également dans les maîtrises et les jurandes que l'on appellera plus tard les corporations de métier. Non contents d'avoir un droit de regard sur les décisions des prêtres-cardinaux administrant les paroisses parisiennes, ils déployaient également leur talent à penser une nouvelle forme d'art architectural qui supplanterait la simplicité primitive de l'art roman. Parmi tous les Toréadors se distinguèrent Achard et son infant Baudoin qui s'opposaient de manière officieuse à la maîtrise de l'église par Saviarre et Gonzague. Juste, du clan de la Rose, fit également parler de lui quand il apparut à la Cour en présentant son Chef d'œuvre, un hommage à l'amour défunt d'Alexandre : une rose taillée dans du cristal de roche. L'allusion fit frémir les Ventrues qui craignirent la colère de leur ancien mais Saviarre se contenta de féliciter froidement l'artiste. Les Toréadors applaudirent à deux mains, sincèrement touchés par la beauté de l'oeuvre ou amusés par le courage du jeune sculpteur.

 

L'appel à la croisade

 

Mais éloignons nous quelque peu de notre petit royaume de France et allons promener notre regard sur les murailles blanchies par le soleil des forteresses de Terre Sainte. Le tombeau du Christ réside bien sûr à Jérusalem et la ville est la destination de choix des pèlerins de toute la chrétienté. Les Turcs Seldjoukides musulmans envahirent la Syrie et la Palestine au milieu du XI° siècle et prirent Jérusalem en 1078, rendant les pèlerinages hasardeux. La papauté suscita un fort engouement populaire en fustigeant les hérétiques qui osaient soustraire le tombeau du Christ au regard des fidèles. Les velléités expansionnistes des états pontificaux s'accordaient avec les vues du Clan Lasombra dont les membres chrétiens appuyèrent l'appel aux armes. Outre la propagation de l'idéal chrétien, il s'agissait également de profiter des terres et des richesses que la conquête ne manquerait pas d'offrir aux courageux. A une époque où les villes et le commerce sont en plein développement, l'attrait de l'Orient ne pouvait laisser personne indifférent. Le 27 novembre 1095, dans un champ, au pied des remparts de Saint-Etienne, le pape Urbain II encouragea laïcs et ecclésiastiques réunis à l'occasion d'un concile à prendre les armes pour libérer les lieux saints et secourir les chrétiens d'Orient. En masse, les hommes s'ornèrent de la croix d'étoffe et devinrent les croisés, jouissant de l'indulgence plénière décidée par le pape. Les évêques portèrent le message d'Urbain II partout en Europe et les foules se rallièrent à leurs chefs de guerre pour mener croisade.

 

L'avis des Clans sur la croisade

 

Les Lasombras de Quintavallis supportèrent évidemment la croisade qui faisait écho à la reconquista espagnole opposant la chrétienté aux arabes. Mais la situation précaire du Clan à Paris nécessitait toute l'attention du Magister. Sa suite resta donc en France, suivant de loin l'évolution de leurs frères. Saviarre approuvait également la Croisade mais ne désirait pas y investir ses forces pour l'instant ; les déboires du roi Philippe I° étaient au centre de toutes les conversations et le Clan parisien ne pouvait pas se permettre de se disperser. En effet, Philippe, qui avait combattu la Normandie au cours des dernières années, avait été excommunié par Urbain II pour avoir répudié sa femme, compromettant sa participation à la croisade. Alors que toute l'Europe se ralliait sous la croix et convoitait les richesses orientales, les chevaliers français restèrent au pays, terriblement frustrés. Les Ventrues étaient ulcérés par la décision du pape et la réaction du roi. Thibaud était d'avis d'envoyer malgré tout des troupes sous le commandement d'un noble de bonne réputation mais Sigebert s'y opposa : trop de risques. Certains Brujahs de la cité quittèrent le royaume de France pour rejoindre les troupes quelque peu désordonnées de Robert de Flandres ou de Godefroy de Bouillon. Lors de la prise de Jérusalem en 1099, tous à la Grande Cour avaient le sentiment amer d'avoir manqué un important tournant de l'histoire : Paris et sa noblesse, humaine ou vampirique, n'avaient pas été capables de se s'unir contre la menace musulmane ni de brandir haut la croix au dessus des champs de bataille. Les Etats Latins d'Orient, Jérusalem, Antioche, Tripoli, Edesse, se construisaient sans représentant de la Cour. Même Alexandre signifia son mécontentement et imputa, à tort, la responsabilité de cet échec à Ecliastus, son vieil ennemi Lasombra.

 

C'est à la fin de la croisades qu'arrivèrent des émissaires Tremeres à la Cour de Paris. Alexandre tint à s'entretenir personnellement avec eux et celui qui les présentait, un certain Vaclav. Tous semblaient revenir d'Orient et à l'issue de leur entretien, Alexandre accorda au Clan Tremere le droit de s'installer dans une abbaye bénédictine à proximité de Paris. Nul ne sut les véritables motivations d'Alexandre. S'agissait-il de suivre la politique du Clan Ventrue d'Allemagne qui avait déjà pactisé avec les Usurpateurs ou bien seulement d'intérêts personnels ? Quoiqu'il en soit, cette installation inopinée sans concertation constitua un nouveau motif de récrimination à l'égard du prince de Paris.

 

Le règne de Louis VI le Gros : le royaume de France retrouve son prestige

 

A la mort de Philippe I°, son fils Louis VI prit la succession et libéra l'Ile de France de la menace des seigneurs pillards (Bouchard de Montmorency, Hugues de Puiset, le Sire de Monthléry). Richard de Yerville s'investit dans cette tâche avec zèle et fit d'Enguerrand, un lieutenant, sa goule. Certaines bandes armées étaient menées par un ou plusieurs Brujahs et, bien que les brigands aient été mis hors d'état de nuire, il subsiste une tradition de banditisme chez les Brujahs solitaires gravitant autour de la cité. Baptiste, Ventrue commerçant, requit d'ailleurs l'aide des hommes de Richard contre une bande de jeunes vampires qui harcelaient les convois. Les expéditions et surveillances furent sans succès et nul ne sait s'il s'agit de Brujahs, Gangrels ou Ravnos. Achard et Baudoin, leur influence ecclésiastique bien assise, observèrent se développer la fructueuse relation entre le roi Louis VI et l'abbé Suger, évêque de Saint Denis. Ensemble, ils introduisirent dans le royaume les germes d'une forme d'humanisme et de liberté dignes des Anciens. Les Brujahs de Septimus furent très sensibles à cette initiative et soumirent constamment leurs propositions aux plus hautes autorités en espérant voir leurs projets retenus. Il fit également la joie des Ventrues commerçants, des Nosferatus et des citadins en général en attribuant aux villes un statut particulier, les libérant du joug de la féodalité traditionnelle. Enfin, il permit aux paysans de fonder des communautés rurales. Cette accélération du processus d'urbanisation inquiéta les Gangrels qui virent se creuser le fossé entre les hommes et les Bêtes qu'ils étaient. Schreier convoqua une importante assemblée en 1122 portant sur l'attitude des Gangrels de France par rapport à la politique de Louis VI. Bien que quelques Gangrels apportèrent des arguments nuancés et renseignés sur la question, beaucoup accusèrent Schreier de se préoccuper de trop près des affaires de la ville et des hommes. Il perdit beaucoup de son prestige au cours de cette nuit mais quelques-uns des Gangrels les plus investis dans la vie de Paris poursuivirent la réflexion.

 

Parallèlement, Louis VI poursuivait le combat de ses pères contre la Normandie, sans succès et la paix fut conclue en 1119. L'empereur Henri V d'Allemagne, allié du roi d'Angleterre, ne laissa pas de répit à Louis VI et projeta d'envahir le royaume de France. Derrière lui, plusieurs Brujahs dont Erchinoald qui n'avait jamais vraiment quitté du regard les progrès de son ami Garibald de Normandie. Le vieux motif de la vengeance à l'encontre d'Alexandre s'était apaisé et sa colère s'était tarie ; c'est en politicien qu'il suivit de très près la progression des forces allemandes. Heinrich de Cologne fit même le trajet jusqu'en Champagne afin de renouer les liens entre Garibald et Erchinoald. Cette alliance déplut quelque peu aux compagnons du Brujah, des guerriers allemands et slaves pour la plupart, peu enclins à s'adonner aux subtilités de la diplomatie.

 

La grande mobilisation

 

Saviarre vit se former autour du royaume un étau dont nul ne pourrait affirmer qu'il ne se refermerait pas un jour sur Paris. Normands et Allemands, des caïnites puissants, ennemis d'Alexandre depuis plusieurs siècles, tout cela ne présageait rien de bon. Heureusement, Louis VI se montra à la hauteur de la tâche et mobilisa ses vassaux contre l'empereur d'Allemagne. Afin de soutenir cette louable initiative, Saviarre et Sigebert envoyèrent des messagers aux princes de tous les domaines avoisinants afin de solliciter leur approbation et leur aide. Gigues de Colmar, infant de Thibaud, essaya, avec l'aide de Guillaume du Clan Nosferatu de contacter le plus grand nombre de caïnites parisiens. Ils espéraient ainsi diffuser au maximum l'appel à la fidélité exprimé conjointement par Louis VI et Saviarre. Tous ne répondirent pas et si Cassius faisait son possible pour obéir à Saviarre malgré une animosité à son encontre qu'il ne parvenait plus à dissimuler, ses propres alliés Malkavians et Nosferatus se dérobèrent. Les Toréadors envoyèrent également de nombreux messagers et, à la surprise de beaucoup de Ventrues, ne firent pas trop de difficultés à suivre les consignes émanant des hautes sphères de la Cour. Après des années de guerres oratoires et de batailles où seuls les cœurs étaient pris et les réputations s'effondraient, le Clan de la Rose sentit l'urgence de s'en remettre au jugement de la " Régente " comme certains l'appelaient alors. Alexandre disparut purement et simplement pendant de longs mois, sans que personne ne sache si Saviarre elle-même avait la moindre idée d'où se trouvait le maître de la Cour. Alexandre réapparut quelques jours avant le retrait pacifique des troupes d'Henri V : les vassaux de Louis VI avaient reconnu son autorité et l'avaient soutenu face à son rival. Saviarre avait fait montre d'une subtilité à tout épreuve. Après réflexion, il apparut à certains que les efforts déployés par la comtesse pour toucher l'opinion des grands féodaux et des princes caïnites résultaient d'une surestimation des enjeux du conflit. Pourquoi un tel branle-bas de combat alors que les vassaux semblaient décidés à soutenir leur roi quoiqu'il en soit ? La réponse ne vint que plus tard. Saviarre était parvenue à faire sentir dans tous les coins du royaume, et même chez ses voisins, que la Grande Cour était la structure vampirique la plus importante d'Europe occidentale. Elle s'était révélée à tous comme la femme associée au destin des rois, le point central de la politique d'un royaume de France qui devenait confiant. Avec la reconnaissance de Louis VI par les mortels, c'était implicitement la Grande Cour qui bénéficiait de l'aura de puissance des capétiens. En cela, le travail de la comtesse exauçait tous les voeux d'Alexandre qui avait toujours voulu s'assimiler à la royauté de France. Les esprits les plus subtils de la Cour crurent voir transparaître dans cette manipulation la signature du roi Ventrue, plus calculateur que jamais, qui se dissimulait derrière une poupée intransigeante. N'avait-il pas quitté la Cour au cœur de la tempête pour revenir alors que la reddition des Allemands était acquise ?

 

Louis VI le Gros unit son fils Louis VII à Alienor d'Aquitaine car il craignait l'alliance de Mathilde, héritière de la couronne d'Angleterre, avec Geoffroy Plantagenêt, comte d'Anjou, du Maine et du Poitou. Garibald, bien que satisfait de ce mariage fructueux pour l'Angleterre, eut quelques soucis par ailleurs. Il fut victime d'une cabale orchestrée par les Fidèles de Saviarre : trahi par plusieurs de ses proches, Garibald fut contraint de fuir la Normandie pour un temps, protégé par une escouade de goules et de jeunes Ventrues en armes. Il s'enfonça en Bretagne pendant plusieurs mois et maintint le contact avec son état-major par l'intermédiaires de commis liés par le sang. Les Fidèles retrouvèrent la cache de Garibald et donnèrent l'assaut. Il en réchappa et perça le coeur d'Edelinne, l'infante de Saviarre. Quand il retourna en ville, il fit brûler vif plusieurs traîtres, dénoncés de manière plus ou moins justifiée, et envoya la natte d'Edelinne à la Cour de Paris. La douleur de la comtesse éclata et pour la première fois, elle laissa percer un visage humain que presque personne ne lui connaissait.

 

Certains membres de la Cour, surtout du Clan Toreador profitèrent de cet événement pour accélérer leurs propres projets. Théodule, infant de Conrad dut ainsi résister à l'influence de Baudoin sur les milieux intellectuels. L'église essayait de maintenir sa mainmise sur la pensée laïque mais Septimus soutint largement Théodule, au nom de ses antiques idéaux philosophiques. Parallèlement, Lore de Chartres, du Clan Malkavien fut introduite à la Cour par Cassius. Il la présenta comme une grande connaisseuse des pays du sud et une voyageuse émérite, versée dans les arts astrologiques et les augures. Par respect pour le chambellan d'Alexandre, les Ventrues acceptèrent la nouvelle venue. Les Toréadors, par contre, ne manquèrent pas de fustiger les écarts de langage et les habitudes vestimentaires excentriques de Lore. De plus, son engouement naïf pour les affaires de la politique et certaines de ses péroraisons pseudo-occultes sur le devenir du royaume achevèrent de discréditer la Malkavienne.

 

Un coup contesté : " l'assassinat " de Baudoin

 

Saviarre se releva après l'épreuve qu'elle avait traversée et constata la liberté qu'avait acquise les membres les plus contestataires de la Cour. Elle demanda à Sigebert et à Conrad de raffermir les relations avec le Clan Toréador quitte à faire quelques exemples de manière parfaitement détournée. En 1125, Baudoin, l'infant d'Achard pâtit de cette volonté de Saviarre. Le Toréador fut attiré dans un piège orchestré par Gonzague, Guillaume et Sigebert. Après un travail d'observation et la révélation de quelques informations choisies auprès des autorités ecclésiastiques mortelles, le refuge de Baudoin à Saint Denis fut découvert. Le vampire extirpé de son cercueil s'embrasa à la lumière du soleil. Officiellement, Baudoin avait commis une erreur et son destin était le résultat de sa propre incompétence, à laquelle venait peut-être s'ajouter celle de son sire Achard, qui n'avait pas été capable de l'éduquer convenablement. Le discrédit au sein de la communauté vampirique de Paris était jeté sur un représentant respecté du Clan de a Rose. Tout le monde connaissait l'opposition ecclésiastique entre Achard et Saviarre. Ce couple " uni par l'Eglise, opposé par le Clan " avait la réputation d'être courtois et mesuré dans son affrontement feutré et beaucoup furent choqués par la décision radicale de Saviarre. Après ces événements, Achard ne fit rien qui put gêner la Comtesse. Il semblait conserver en lui toute sa rage et sa déception. Lore de Chatres prédit qu'un jour Achard serait " à la tête d'une mouvante forêt de croix, crachant les flammes rédemptrices qui consument ses frères caïnites ". Gigues de Colmar, le Ventrue chargé des relations entre les Clans dans Paris eut fort à faire avec cette histoire. Les remous de contestation et de désapprobation menacèrent de scinder la Cour mais la tempête se calma et Saviarre ne commandita plus de crime de cet ordre. Si les tensions étaient encore montées d'un cran, l'équilibre se maintenait.

 

 

 

Thibaud organise sa sécession

 

En 1131, Louis VII le Jeune fut sacré roi de France et fit de sa femme Aliénor d'Aquitaine la première dame du royaume. Il poursuivit ainsi l'oeuvre de son père et ajouta à ses possessions une partie du midi et de l'ouest de la France. Soutenu par les Ventrues d'Alexandre, Louis VII se distingua par sa volonté de réformer la féodalité telle qu'elle était pratiquée, de singulariser le statut des villes et de favoriser l'émancipation des communautés rurales. Les Ventrues commerçants acquirent un réel pouvoir à la Cour et les interlocuteurs de Saviarre se firent plus nombreux. Un conseil de caïnites vivant du négoce se forma, dirigé par Baptiste et Felip de Lombardie. Le conseil des Négociants se réunissait dans des locaux adjacents à ceux de la Cour, non loin de la salle des Champeaux. Les deux Ventrues furent même rejoints par Barzalomeus du Clan Lasombra. Cette arrivée inattendue provoqua l'indignation des plus anciens Ventrues qui se remémoraient la lutte conte Ecliastus. Alexandre s'inquiéta même du retour des Magisters dans les affaires de la Cour mais Saviarre promit de conserver un oeil sur eux. Cassius, bien que peu organisé et en proie à des sautes d'humeur, s'entoura de quelques caïnites opposés au régime de Saviarre. Thibaud et lui développèrent leurs relations auprès des Nosferatus non affiliés aux " Fidèles " et esquissèrent le premier pas vers les Lasombras. Bien vite, ils découvrirent l'existence de Quintavallis et de ses gens qui observaient l'évolution de la Cour parisienne. De manière informelle, les deux factions espéraient aboutir à une alliance visant à déstabiliser Saviarre et son mentor Alexandre.

 

Les premiers déboires du royaume avec l'Eglise

 

Les Toréadors s'enthousiasmèrent pour le noble descendant de Louis VI qui avait eu la sagesse de préférer les conseils de l'abbé Suger, l'ami de son père, à ceux de sa propre mère. Toutefois, sa politique religieuse visant à promouvoir la famille royale déplut au pape Innocent II qui voyait là une diminution de son pouvoir sur le royaume de France. Gonzague fut incapable d'empêcher les représailles pontificales lorsque Luis VII refusa de soutenir le protégé du pape pour l'accession à l'archevêché de Bourges et le royaume tomba sous le coup de l'excommunication en 1141. Les Toréadors pointèrent un doigt rageur vers Saviarre, elle qui avait fait supprimer Baudoin éloignait la Cour de l'Eglise. Achard quitta Paris pendant plusieurs mois et voyagea vraisemblablement en Lombardie et aux limites du Saint Empire Romain Germanique. Quand il revint au royaume, il ne parut plus à la Cour mais semblait disposer de nouveaux alliés au sein du clergé. Afin de se réconcilier avec l'Eglise, Louis VII accepta de participer à la deuxième croisade de 1146. Décidée par le pape Eugène III et bénéficiant des prédications de Bernard de Clairvaux, la croisade française partit en juin 1147 et suivit de près l'armée de Conrad III du Saint Empire Romain Germanique. Saviarre ne put empêcher les Ventrues, les Toréadors et les Brujahs de prendre la croix et les armes pour sauver les terres chrétiennes d'Orient qui subissaient à nouveau les assauts des Turcs. Thibaud, Conrad, Richard de Yerville et même Septimus suivirent le roi dans ses pérégrinations, en quête de combats, de richesse ou de nouveauté. En tous cas, Saviarre devait faire des concessions et accepter que la Cour se disperse pour que ses membres se calment. Plusieurs dizaines de caïnites des environs de Paris partirent en Orient pour découvrir les mystères auxquels ils n'avaient pu goûter un demi-siècle auparavant. La direction du royaume fut déléguée à l'abbé Suger et les Toréadors essayèrent alors de tirer profit de cette situation, sans succès. Ce fut surtout Marion, infante de Thibaud, qui tira son épingle du jeu en nouant des contacts étroits avec le Clan Lasombra. Elles se lia d'amitié avec Giannis de Licatia, infant de Quintavallis, et offrit d'importantes opportunités aux Magisters en s'appuyant notamment sur les relations de Gigues qui connaissait Paris aussi bien que les Nosferatus hantant ses catacombes. Quintavallis disposa ainsi de ses premières entrées dans le monde ecclésiastique.

 

 

 

 

La deuxième croisade

 

 

La cabale de Thibaud et de Quintavallis prend forme

 

La croisade s'avéra être un échec et nombre de caïnites revinrent furieux en fustigeant le destin et les maudits Assamites qu'ils avaient découvert dans les terres arides de l'est. Les pertes avaient été non négligeables et Saviarre en profita pour réaffirmer sa méfiance vis à vis des entreprises hâtives. Mais Louis VII n'arrêta pas là son action visant à se racheter auprès du Saint Siège et soutint le pape dans sa lutte contre l'empereur Frédéric I° Barberousse. Le prestige que gagna le royaume le royaume fut tout juste bon à réhabiliter le roi face aux autorités ecclésiastiques mais ne déboucha sur rien de concret. Un règne brillant commençait à s'enliser à cause d'initiatives déplacées. Pendant ce temps, la Cour bougeait. Gigues et Marion s'allièrent avec les Lasombras de Quintavallis afin de renverser Saviarre et de jeter Alexandre au pied de son trône. Giannis de Licatia, ami de Marion, était de loin le plus virulent et le plus volontaire. Son sire Quintavallis dut le sermonner plusieurs fois et lui rappeler que la position du Clan à Paris était délicate : il fallait se concentrer sur l'appareil religieux. Malgré ces exhortations au calme, Giannis prit contact avec Barzalomeus et, ensemble, mirent sur pied le projet de maîtriser les voies commerciales des Flandres et des foires de Champagne. La frange artistique des Toréadors était en pleine ébullition, passionnée par la métamorphose de l'art religieux. La perspective de construire le plus fabuleux édifice du royaume au cœur de Paris souda les rangs des Artisans : Notre Dame germait dans des esprits audacieux et plusieurs Toréadors s'investirent dans ce projet titanesque. Yehudis, jusqu'alors peu investi en politique, devint plus présent à la Cour et apparut accompagné de deux architectes, Osbert, un Toréador anglais et Honfroi, un mortel talentueux et téméraire dont Yehudis avait fait sa goule.

 

La guerre contre l'Angleterre fait rage

 

En 1152, Louis VII acheva de jeter le trouble dans le royaume en se séparant de la subtile Aliénor. Cette fatale erreur coûta fort cher au royaume de France. Impuissants, les Ventrues de Paris virent s'échapper le domaine d'Aquitaine qui retomba entre les mains de Henri II d'Angleterre, l'homme qu'elle épousa dans l'année. Les Lasombras et les Ventrues de Normandie firent jouer tous leurs appuis pour faire condamner l'acte de Louis par l'Eglise mais les hommes de Fabrizo Ulfila limitèrent les dégâts. Garibald, rendu encore plus agressif après la tentative d'assassinat qu'il avait subie, vit le royaume de France fragilisé et l'Angleterre en pleine ascension : il était l'heure d'agir. Les Ventrues d'Angleterre affluèrent en Normandie et en Aquitaine, rejoints par des vampires français qui sentaient le vent tourner. Kulpa le Grinçant prit la direction des opérations en Aquitaine tandis que Heinrich de Cologne restait auprès de son maître, à Caen. Les Fidèles de Saviarre luttèrent pied à pied avec les Gangrels ralliés à la cause anglaise qui avaient eu vent de leur existence. Un Gangrel du nom de Drzislav, originaire de Hongrie, se fit connaître pour être le Tueur de Vampires le plus craint des forêts normandes. A la fin du règne de Louis VII en 1180, pas moins de 12 Fidèles étaient tombés sous ses coups. Pendant près de trente années, Louis VI s'efforça de reconquérir l'Aquitaine. Richard de Yerville et Enguerrand, étreint en 1153, ne virent pas s'élever les premiers éléments de Notre Dame, sur l'Ile de la Cité, occupés qu'ils étaient à battre le royaume entre Aquitaine et Normandie pour combattre les Ventrues de Garibald. Profitant du conflit, Erchinoald envoya plusieurs de ses agents à Paris afin d'évaluer les possibilités d'insurrection. L'émissaire principal, infant d'Erchinoald, se nommait Kulin et rencontra Quintavallis auquel il proposa une alliance. Thibaud fut mis au courant et n'apprécia pas l'arrivée du Brujah, surtout un fils d'Erchinoald. Afin de préserver les relations entre Clans, Quintavalis n'accéda pas à la requête de Kulin. Ce dernier ne se démonta pas et s'installa à Paris.

 

Les Tremeres furent chassés de leur abbaye par un mouvement spontané. Alexandre fut accusé d'abriter dans sa cité des sorciers qui corrompaient le Sang à leurs propres fins. Saviarre ne fit aucun commentaire et se concentra sur la guerre contre l'Angleterre. Suspectant les activités de Thibaud et de Gigues, elle séduisit Guillaume et le lia par le sang. Totalement dévoué à sa dame, le Nosferatu enquêta sur le complot mené par le Ventrue et Quintavallis sans en connaître les tenants et les aboutissants.

 

L'énigme Tremere

 

Alors que la nouvelle de la diablerie perpétrée par Tremere à l'encontre de Saulot se répandait comme une traînée de poudre dans toute l'Europe occidentale, Alexandre paraissait étonnamment clément à l'encontre des Usurpateurs. Leur expulsion, initiative contestataire, constitua surtout une manière de manifester contre les décisions du Prince plutôt qu'une volonté réelle de détruire le Clan Tremere de Paris. De toute manière, Alexandre préféra sacrifier la Fondation en place plutôt que de donner à ses détracteurs un motif suffisant pour déstabiliser l'ensemble de la Cour. En jetant quelques sorciers en pâture à la vindicte populaire, il calmait les esprits sans pour autant tirer un trait sur ses relations privilégiées avec certains membres du Clan Tremere. Et pour cause, Alexandre fut rapidement contacté par Goratrix, le vampire arriviste principal instigateur de la transformation des Magi. A l'écart des regards et des soupçons de la Cour, Alexandre et Goratrix s'entretinrent longuement, presque ouvertement et énoncèrent leurs souhaits concernant le futur du Clan. Un aspect depuis longtemps effacé de la personnalité d'Alexandre refit surface : son intérêt pour les manipulations magiques, hérité d'un passé qui avait fait de lui un adepte éclairé de certaines de ces pratiques. Sans faire part à Alexandre de son désir de faire de la Maison Tremere un clan à part entière dans les délais les plus brefs, il lui affirma sans détour sa volonté d'être intégré aux affaires du royaume et de Paris en particulier. Cette conversation se prolongea au cours de plusieurs nuits et déboucha sur un compromis qui, s'il était satisfaisant aux yeux d'Alexandre, aurait sans doute provoqué un soulèvement sans précédent dans la Grande Cour. Le Prince reconnut à la Maison Tremere une existence comme Clan, jouissant en cela des prérogatives qui lui étaient dues et toléra l'implantation d'une fondation dans les murs de la cité. Toutefois, compte tenu de la situation encore précaire du Clan, cet arrangement devait rester secret jusqu'à nouvel ordre : la Fondation devait s'établir sans bruit, ses représentants devaient limiter leurs apparitions à la Cour et ne pas attirer sur la ville la colère de leurs ennemis, notamment Tzimisces. En contrepartie, le Clan Tremere devait collaborer personnellement avec Alexandre, lui assurer son soutien en cas de tentative de renversement et laisser aux proches du roi Ventrue un accès privilégié aux informations collectées par leur structure tentaculaire.

 

Ainsi, au fur et à mesure que la Fondation prenait de l'ampleur dans les bâtiments du collège Saint Baptiste, le Clan développait son influence sur le monde très confidentiel des fondations des environs, attirait à lui de nouveaux éléments et profitait de la guerre pour s'assurer des bases solides. Il n'était plus question de subir les assauts des ignorants et Goratrix fit de la Fondation de Paris un des points capitaux qui lui permettait de contrôler l'expansion du Clan dans le royaume de France.

 

Un nouveau Clan à Paris ?

 

La paix entre l'Angleterre fut à nouveau officiellement conclue en 1160 mais la vie nocturne du royaume restait très agitée. Le mariage entre une fille de Louis et Henri, fils de Henri II ne calma guère les esprits des Ventrues et des Gangrels qui se battaient aux frontières. Garibald et Heinrich renforcèrent leur position pendant que Kulpa étudiait les possibilités d'avancer au sud du royaume. Quintavallis et les infants de Thibaud insérèrent quelques servants des Lasombras dans l'Eglise mais se heurtèrent à Achard et à Gonzague. Kulin du Clan Brujah prit contact avec les Mains Sales et s'efforça de les organiser. Il entra rapidement en conflit avec Rémy du Clan Nosferatu qui refusait qu'un étranger vienne se mêler de leurs affaires. Traqué et presque tué, Kulin ne dut sa survie qu'à une faction jusqu'alors totalement méconnue à Paris : les Cappadociens. Ranerius vivait avec ses élèves sur la rive gauche et pactisait secrètement depuis une centaine d'années avec les Nosferatus du cimetière des Innocents pour récupérer des corps utilisables. Personne n'avait remarqué ces érudits à la peau de nacre ; tout au plus les prenait-on pour d'excentriques Brujahs ou des Toréadors évaporés. Le Brujah n'oublia pas ses sauveurs et leur promit qu'un jour ils se tiendraient au côté des puissants qui dirigeront Paris. A ces mots Ranerius avait souri et souhaité bonne fortune à Kulin.

 

L'ombre de Mithras

 

Louis VII continua de s'opposer à Henri II en dressant ses fils contre lui et en soutenant l'archevêque de Canterbury Thomas Beckett. Plutôt que de combattre aux frontières, Louis préféra la déstabilisation intérieure en promouvant les insurrections. Malgré la poursuite des combats entre caïnites, plusieurs Fidèles s'exilèrent et attisèrent les luttes intestines. Mais l'ombre de l'ancien Mithras rendait de plus en plus incertaines les conjectures portant sur l'évolution des conflits. Le vieux Ventrue gagnait chaque nuit un peu plus d'influence : les rapports des Fidèles à Saviarre décidèrent Alexandre à sortir de son mutisme et à s'entretenir avec ses lieutenants Thibaud, Sigebert et Conrad. Il requit toute leur attention et leur prudence car derrière les barons et les roitelets se profilait un monstre d'une puissance telle que lui seul pouvait la contrer. L'espionnage devait se poursuivre et fournir sans relâche des informations sur les progrès de Mithrass. En 1179, Philippe Auguste était couronné. Tous les regards étaient tournés vers lui car il lui incombait de résister à la montée en puissance de l'Angleterre, de s'attacher la bienveillance de l'Eglise et de renforcer le royaume dans ses possessions.

 

L'avènement de Philippe II Auguste

Philippe II Auguste le Dieudonné naquit en 1165 à Gonesse et les premiers pas du futur monarque monopolisèrent l'attention de toute la Cour. Lore de Chatres avait prophétisé l'avènement d'un roi parmi les rois, un seigneur sans égal qui rendrait au royaume sa force et sa stabilité. Ces propos furent tournés en dérision par les Toréadors et les Brujahs mais les Ventrues gardaient à l'esprit le grand projet d'Alexandre et ne se permettaient pas de railler un éventuel signe du ciel. Guillaume observa le jeune roi qui grandissait et contait ses progrès à Saviarre. Bientôt, la Cour se passionna pour l'enfant dont elle espérait tant et les conversations allaient bon train. Sigebert et Conrad eux-mêmes s'immiscèrent dans les appartements royaux du palais pour observer le jeune garçon et constatèrent que Lore avait dit vrai. Gonzague fut introduit dans l'entourage proche du futur roi et eut l'occasion de discourir de longues heures avec lui. Très rapidement, Philippe Auguste se distingua par sa maturité et sa volonté d'indépendance. Son esprit ne ployait pas facilement, même lorsqu'il était soumis aux artifices vampiriques. Lors de son couronnement, à l'âge de 15 ans, tous assistaient aux festivités nocturnes : Guillaume, Gigues, Conrad, Sigebert, Achard, Yehudis et même Saviarre. C'est à cette occasion que Ranerius se révéla, à la grande surprise de tous et profita de la solennité du moment pour déclarer son allégeance à la couronne de France et à Alexandre. Beaucoup furent impressionnés par ces caïnites si courtois mais qui avaient réussi à échapper à la vigilance du pouvoir en place. Ranerius acquit ainsi le respect de la Cour en se montrant parfaitement conciliant mais également subtil et plein de ressources. Philippe, quant à lui, se montra digne de son rang et particulièrement difficile à manipuler. Dès son couronnement, il s'investit, malgré son jeune âge dans les tourments de la politique. Les Ventrues, émerveillés, reconnurent la véracité des prophéties de Lore et Alexandre l'honora personnellement de sa présence pour la remercier de ses augures. Thibaud raillait intérieurement tous ces naïfs qui croyaient voir un prodige dans l'adolescent et réfléchit aux conséquences que pourrait avoir son assassinat sur la Cour. Quintavallis et lui se concertèrent sur la conduite à tenir et leurs avis divergèrent. Thibaud pensait, tout comme Giannis, qu'il fallait supprimer Philippe afin de jeter le chaos au sein de la Cour. Gigues et Marion soutinrent Quintavallis qui estimait qu'un meurtre équivaudrait à signer son propre arrêt de mort. Presque tous les Ventrues de la Cour soutenaient le roi et cet enthousiasme gagnait les Brujahs et les Toréadors : attenter à la vie de Philippe revenait à se mettre à dos toute la comunauté vampirique du royaume ou peu s'en faut. Pendant ce temps, Cassius s'efforça de contrôler les "Mains Sales" conduites par Rémy mais la résistance se fit trop forte. Le Ventrue dut se contenter de rallier l'avis de Quintavallis et de ne pas contrarier la Cour pour l'instant.

 

L'ascension de Philippe

A l'âge de 20 ans, Philippe Auguste parvint à obtenir le soutien des grands féodaux du royaume et acquit sans heurt les seigneuries d'Amiens, de Montdidier et de Roye ainsi que le Vermandois. Le domaine royal s'agrandit de manière spectaculaire. Sigebert et Conrad restaient toujours aussi attentifs à la progression du roi et firent tout leur possible pour que puisse s'exprimer le talent de Philippe. Toutefois, si le monarque était prometteur, il héritait également des conflits du passé : l'Angleterre était toujours aussi menaçante et la possession de la Normandie et de l'Aquitaine rendait Henri II terriblement puissant. Saviarre voyait derrière le trône d'Angleterre et le duché de Normandie la main de Garibald à laquelle venait maintenant se mêler celle, plus diffuse et insidieuse de Mithras. Philippe serait-il capable de relever le défi anglais comme l'avait prédit Lore ? La cabale Lasombra de Quintavallis se limitait alors au domaine religieux et n'inquiétait pas le pouvoir royal à proprement parler. Le danger venait de Thibaud et de ses infants dont elle commençait à entrevoir les desseins. Eux étaient capables de désorganiser la Cour, de mobiliser Cassius, de s'allier aux Brujahs contestataires voire de pactiser avec Garibald ou Erchinoald, toujours actif dans le Saint Empire Germanique. Ne pouvant pas compter sur Gigues de Colmar, l'infant de Thibaud, elle s'appuya sur Enguerrand, infant de Richard de Yerville afin de gérer les affaires internes à la cité et requit toute l'attention de Sigebert, Conrad, Torsteinn et des Fidèles, désormais dirigés par Eudes de Paris.

 

En effet, Saviarre et Alexandre devaient considérer deux niveaux d'action : le combat contre le géant anglais et le maintien de la stabilité au coeur du royaume et à fortiori à Paris. Cette situation délicate laissait la porte ouverte à toutes les tentatives de désorganisation du pouvoir Ventrue. Les craintes de Saviarre se concrétisèrent avec l'arrivée de Miguel de Cordoba et de ses sbires, un groupe de Brujahs espagnols peu au fait des usages français. Pendant que Philippe attisait la convoitise des fils de Henri II à l'égard de leur père, Miguel parvint à fédérer les Mains Sales dans la violence. Il tua Rémy, le Nosferatu et s'allia avec Kulin, l'agent d'Erchinoald qui n'était pas parvenu à s'imposer. Cassius remarqua la férocité et la détermination du Brujah et décida de leur intimer le respect afin de disposer d'une force de frappe imprévisible le cas échéant. Cassius ne s'encombra pas de finesse et enleva Miguel afin de lui faire comprendre clairement que le pouvoir du sang était du côté des anciens. Maintenant que les Mains Sales avaient un chef, elles subissaient également les manipulations du Ventrue. Les Brujahs de Miguel et de Kulin rappelèrent de bien mauvais souvenirs à ceux qui avaient souffert des exactions des hommes de Quintilius et Enguerrand eut fort à faire pour prévenir la montée en puissance de ces brigands. Septimus, évidemment, condamna le comportement irresponsable de ces étrangers. Thibaud et Quintavallis furent surpris par l'arrivée des trublions et espérèrent qu'ils ne seraient pas la cause de contretemps dans leurs propres plans. Aussi Gigues et Giannis suivirent-ils les traces des Mains Sales...

 

L'affrontement des puissants

Philippe fut suffisamment subtil pour provoquer la chute et la capitulation de Henri II, trahi par ses propres fils. Les tractations entre la France et l'Angleterre bénéficiaient des efforts des caïnites les plus réputés des deux territoires. Alexandre et Saviarre appliquaient tout leur poids dans l'acquisition de nouvelles terres, surtout aux dépens de l'Angleterre tandis que Garibald et Heinrich, ainsi que les Toréadors anglais, tentaient de freiner la progression de Philippe Auguste. Il faut accorder à Mithras d'avoir indirectement facilité l'action des Ventrues français. En effet, préparant activement son retour sur la scène politique, il écarta nombre de puissants vampires anglais ou sema la discorde dans leurs rangs. Devant composer avec une situation de guerre civile, Heinrich ne parvint pas à rétablir la cohésion familiale, surtout depuis le scandale de l'assassinat de l'archevêque de Canterbury Thomas Beckett par quatre chevaliers de Henri. Le retentissement populaire de cette affaire contribua au climat insurrectionnel sur lequel s'appuyait les fils du roi d'Angleterre. Garibald suspecta même Alexandre d'avoir ordonné le meurtre de Beckett afin de discréditer le roi anglais. La chute de Henri fut précédée d'une trève établie entre Philippe et le vieux roi en 1187 qui déboucha sur une décision sans appel : Alix, demi-soeur de Philippe, fut promise à Richard ; elle pouvait rapporter à la couronne de France l'Aquitaine et le comté d'Anjou. Nous verrons plus tard que cela ne se produisit pas. La même année, Kulpa quitta l'Aquitaine pour l'Angleterre où il se heurta aux vampires insulaires, Gangrels, Toréadors, Ventrues qui voyaient d'un mauvais oeil l'arrivée de cet homme de terrain qui ne parlait même pas leur langue et prétendait défendre leurs intérêts. Garibald devait donc faire face à Mithras et à Alexandre, deux anciens aux pouvoirs colossaux et requit l'assistance d'Erchinoald. Ce dernier accepta de prêter main forte à Garibald en échange de concessions substancielles si la victoire face au grandissant royaume de France devait venir. En 1188, Philippe eut un fils, le futur Louis VIII et envisagea de partir en croisade avec Richard Coeur de Lion, qu'il avait soutenu pendant sa rebellion. Mais les seigneurs d'Aquitaine se soulevèrent et Richard dut renoncer à son projet. La position des Ventrues d'Aquitaine fidèles à Garibald fut très contestée et le soulèvement fut le prétexte à de nombreuses expéditions punitives et règlements de compte. Des Gangrels, Nosferatus, Brujahs de Navarre et de Lèon mais aussi des Assamites et des Tzimisces n'hésitèrent pas à tenter leur chance dans ce contexte chaotique. Sans Kulpa pour coordonner les efforts du Clan, les luttes internes réapparurent. En 1189, Philippe et Richard pénétrèrent dans Tours où se réfugiait Henri II : ce dernier accorda à Richard la couronne d'Angleterre et le duché de Normandie. Le succès de Philippe était presque total. Presque... car la querelle entre Plantagenêt et Capétiens demeurait vivace malgré l'amitié qui unissait les deux rois. Aux yeux de la Cour, il n'était pas possible de rester sur une entente aussi labile et Saviarre décida que mieux valait une guerre définitive avec l'Angleterre. Sigebert et Conrad approuvèrent sans conviction, fatigués par des années de combat. Ils caressaient l'espoir de voir ce combat terminé avec panache et conclure ici leur lutte pour la domination. Le 18 juillet 1189, Richard fut couronné duc de Normandie à Rouen puis devint roi d'Angleterre le 3 septembre à Westminster. Le regard dubitatif de Garibald, Heinrich et Kulpa en disait long sur leurs réticences face à "l'ami du Français".

 

Paris en pleine expansion

Cassius, Thibaud et Quintavallis restaient les yeux rivés sur Paris et développaient leur réseau de relations pendant que tous avaient le regard tourné vers l'Angleterre. Beaucoup de vampires affluèrent dans la capitale à cette époque, séduits par la ville consacrée par Philippe Auguste. Les Ventrues et Lasombras commerçants et artisans se firent nombreux et les Nosferatus prospérèrent dans un environnement toujours plus tortueux et peuplé. Le regroupement des hommes selon les jurandes et les maîtrises (corporations) permit l'apparition de réels pouvoirs profanes et citadins. Loin d'être de simples associations d'artisans solidaires, les corporations étaient désormais reconnues et introduisaient un nouveau découpage dans la distribution du pouvoir. La puissance que conférait l'argent devint une réalité populaire que les caïnites durent intégrer dans leurs calculs. L'Eglise et la royauté n'étaient plus les seules structures influentes méritant d'être infiltrées. Le règne de Philippe signifia ainsi la consécration des vampires "du siècle" : Felip de Lombardie, Baptiste, Barzalomeus, Giannis mais également la Ravnos Atheleys et Juste du Clan Toréador. Le développement de cette cité "moderne" impliquait des contreparties : les Mains Sales infiltrèrent la lie de la société et les nuits parisiennes devinrent pour le moins risquées. Miguel de Cordoba et Kulin mirent au point un système d'extorsion auprès des riches commerçants qui les opposa aux Ventrues. Les caïnites intellectuels contribuèrent au développement de la rive gauche universitaire qui acquit une renommée internationale. Septimus, Brice, Gonzague mais aussi Ranerius et même Schreier s'investirent dans cette vaste entreprise. Les Cappadociens s'installèrent dans les caves d'un vaste collège qui, du haut de la colline du Parnasse, surplombait les turbulents quartiers estudiantins.

 

Le bouillonnement de Paris gagnait les esprits et les coeurs, les collèges se construisaient, le commerce était florissant et la menace anglaise avait mené le roi à faire dresser une muraille qui lentement isolait la ville des dangers extérieurs. Les maisons s'élevèrent par dizaines, abritant les ouvriers et les négociants. En somme, la royauté exaltée offrait à sa cité des monuments et des privilèges qui firent de Paris une ville sans commune mesure dans le reste de l'Europe. Paris devenait non seulement le coeur d'un royaume qui reconquérait ses lettres de noblesse grâce aux prouesses politiques de Philippe Auguste mais aussi une source d'inspiration intellectuelle et spirituelle pour tout le monde chrétien.

 

La troisième croisade

La guerre entre le royaume de France et l'Angleterre n'était pas le seul point chaud du monde chrétien à la fin du XII° siècle. Depuis 1170, les armées de Saladin, vizir du calife fatimide du Caire, s'étendaient autour de ce qui restait des états latins d'Orient. Le royaume de Jérusalem fut envahi en mai en 1187. Cinq mois plus tard, la ville sainte était aux mains de Saladin et tous les Templiers et Hospitaliers furent décapités. Le 29 ctobre 1187, le pape Grégoire VIII appela à la croisade et les trois grands seigneurs y répondirent : Philippe Auguste, Richard Coeur de Lion et Frédéric Barberousse du Saint Empire Romain Germanique. Les troupes constituées et financées par la "dîme saladine" furent les plus imposantes depuis 1095. Le conflit entre l'Angleterre et la France apaisé permettait aux grands de ce monde de se concentrer sur la libération du tombeau du Christ : après l'expédition avortée de 1187, Richard et Philippe Auguste partirent main dans la main combattre les hommes de Saladin, en 1190. Cette troisième croisade se présentait sous de meilleurs augures pour les caïnites de Paris qui prirent le temps d'établir leurs objectifs et de préparer leur expédition. Sigebert partit avec Richard de Yerville à la suite du roi et rejoignit de nombreux seigneurs Ventrues provenant du royaume de France, de l'Empire Germanique ou d'Espagne. Ensemble, ils marchèrent vers l'est pour contrer la menace musulmane et en savoir plus sur les assamites, ces vampires méconnus, entre érudits et assassins. Contre toute attente, Garibald participa à la croisade et retrouva Sigebert en Anatolie. C'est au cours d'une halte nocturne, pendant une réunion d'état-major, que Garibald se révéla. Son apparition jeta l'effroi dans le coeur des hommes présents et seuls les plus courageux eurent la présence d'esprit de protéger leurs maîtres Richard de Yerville et Sigebert. Garibald était accompagné de nombreuses goules et ne craignait pas les deux caïnites. Il leur proposa calmement d'établir une trève le temps de cette croisade afin de parlementer raisonnablement, loin des oreilles d'Alexandre, au sujet de la situation aux frontières des royaumes de France et d'Angleterre. Garibald chercha à montrer que le combat des Ventrues de la Grande Cour était vain et que l'obéissance à Alexandre ne signifiait rien. Alexandre était fou et irresponsable, à quoi bon conserver tout ce faste et ce formalisme autour de sa personne ? Il faisait perpétuellement l'objet de complots mais ses proches le défendaient avec abnégation, sans rien recevoir en retour. Si Sigebert accueillit ces propos avec violence et somma Garibald de quitter les lieux, Richard fut plus nuancé. Les arguments de Garibald l'avaient touché et il adhérait secrètement à l'opinion du Ventrue normand. Mais Richard respectait son sire Sigebert et n'aurait rien fait d'aussi radical qui pût lui déplaire. Garibald quitta le camp mais observa que Richard l'avait écouté. A l'avenir, cela lui serait certainement utile.

 

La marche vers Jérusalem se poursuivit et des Lasombras s'unirent aux forces Ventrues et Brujahs qui confluaient en direction de la terre sainte. Gonzague rejoignit l'armée et rencontra de nombreux Lasombras avec lesquels il entretint des relations plutôt amicales. L'euphorie du voyage et de la mission qui incombait aux croisés effaçait les dissensions habituelles. Pourtant, l'atmosphère rieuse se dissipa rapidement avec le décès de Frédéric Barberousse en Anatolie et la défection de presque toute son armée qui retourna en Allemagne. Le combat devenait plus incertain et la nervosité monta entre les caïnites investis dans la croisade : pour une fois, ils ne pouvaient imputer à personne leur revers de fortune. Toutefois, les troupes de Richard Coeur de Lion et de Philippe parvinrent à libérer plusieurs villes dont Acre en 1191. L'union entre les rois français et anglais semblait bien fonctionner malgré les inquiétudes de Saviarre et des Ventrues normands. Finalement, un événement inattendu vint bouleverser cet équilibre et offrit aux vampires tous les prétextes pour raviver la flamme du combat : Richard annonça ses fiançailles avec Bérengère de Navarre et rendit Alix à Philippe Auguste. Ce camouflet fut très mal pris par le roi de France et les relations entre les deux hommes se dégradèrent. Richard suivit attentivement l'évolution de la situation mais n'obtint pas l'autorisation de tenter de réconcilier les deux hommes. Les pressions trop fortes de Garibald et de Saviarre empêchaient toute négociation et précipitaient le royaume dans une nouvelle guerre contre l'Angleterre. Philippe, malade et fâché, rentra au royaume et obtint malgré tout 10000 marcs d'argent et la citadelle de Gisors en dédommagement pendant que Richard désirait acumuler les hauts faits en restant en Terre Sainte. Si Richard de Yerville resta en Palestine, Sigebert regagna la France afin d'être prêt à servir Saviarre le cas échéant : chacun se tenait prêt à reprendre le combat.

 

L'heure des bilans

C'est un Philippe Auguste affaibli (il est devenu chauve !) et aigri qui retrouva son royaume. Autour de lui, l'atmosphère était aux règlements de compte et les esprits s'échauffaient. Sigebert, Conrad et Enguerrand furent convoqués par Saviarre dans les souterrains des thermes. L'atmosphère macabre des lieux, qui avaient été témoins du massacre des rebelles ayant suivi Orry et Louis de Beaurain en 1069, rappelait à tous la gravité des décisions qui allaient être prises. Plusieurs Fidèles, dont Eudes de Paris, étaient revenus de Normandie pour siéger à ce conseil. Il fut discuté des grands axes de la politique de la Cour pour les années à venir. Les Ventrues de Normandie présentaient plusieurs difficultés : Garibald était à nouveau allié à Erchinoald et le Royaume se trouvait une fois de plus entre le marteau et l'enclume. Il était absolument indispensable de ne laisser aucune opportunité au Saint Empire ou à l'Angleterre. Malgré les déboires de leurs opposants en Aquitaine, un assaut restait possible et tous remarquèrent avec quel acuité Saviarre envisageait cette option. Sigebert témoigna de la mésentente entre Richard Coeur de Lion et Philippe au cours de la croisade et avertit la Cour de la dégradation des relations entre les deux pays qui allait certainement en découler. Enguerrand et Saviarre avaient visiblement fondé beaucoup de leurs espoirs sur cette possibilité et annoncèrent devant des Ventrues résignés que tout devait être mis en oeuvre pour hâter la reprise des hostilités. Saviarre sentait qu'il fallait terminer le travail et espérait pouvoir bénéficier

du talent du roi jusqu'à son terme. Elle craignait que l'état de décrépitude dans lequel il se trouvait ne fut un signe annonciateur de sa mort prochaine. Elle devait absolument exploiter Philippe, le champion tout désigné du Clan, avant que la situation ne devienne moins favorable.

 

La situation interne du royaume fut le deuxième point sur lequel Saviarre insista. L'absence de Thibaud et de Cassius n'était pas un hasard et la comtesse exprima ses soupçons à leur endroit. Ils se faisaient rares à la Cour et les Nosferatus de Guillaume lui rapportaient qu'ils entretenaient des relations suspectes avec des vampires des environs (Quintavallis et sa suite pour l'un, Miguel de Cordoba, Kulin et les Mains Sales pour l'autre). Ils représentaient un danger intérieur à la Cité mais leur puissance ainsi que la négligence de la Cour les avait mis dans une position de force. Enguerrand se substituait désormais à Gigues de Colmar dans le rôle de "chef de la milice vampirique" et déclara rencontrer beaucoup de difficultés avec les Mains Sales. Conrad d'Aunoi, quant à lui, avait été averti des allers et venues des Lasombras mais n'avait pas encore la preuve formelle qu'ils fussent en cotnact avec des membres de la Cour. Saviarre redoubla ses avertissements sur le danger intérieur représenté par ces vampires qui menaient leurs propres plans.

 

La trahison de Philippe

La volonté de la Cour prit corps avec la trahison de Philippe Auguste et son alliance avec Jean sans Terre. Cette décision rapide laissa les Ventrues et les Toréadors de la Cour dans l'expectative : ils ne parvenaient pas à en imaginer les conséquences immédiates. En effet, Philippe décida d'appuyer Jean Sans Terre, frère de Richard resté en Angleterre, dans sa conquête du trône. En 1192, profitant de l'emprisonnement de Richard, aux mains du duc Léopold d'Autriche puis de l'empereur germanique Henri VI, Philippe reconnut la légitimité de Jean Sans Terre en échange du Vexin normand, d'une partie de la Tourraine ainsi que des comtés d'Aumale et d'Eu. Saviarre était très incertaine face à un tel choix et regretta l'indépendance et la fougue du roi. Sigebert et Conrad s'avouèrent satisfaits de cette manigance car elle permettait d'entrevoir une issue moins meurtrière à l'affrontement. Lors du retour de Richard de Yerville, Sigebert et Conrad lui firent part des désirs de la comtesse. Tous s'accordèrent à dire que cet esprit va-t-en guerre ne convenait pas à la situation, bien trop complexe pour que l'on privilégie une action directe. Ensemble, ils décidèrent d'en référer directement à Alexandre. Ce dernier les reçut sans peine. Il semblait les attendre depuis bien longtemps et paraissait amusé de voir revenir à lui ses serviteurs, contrits et embarassés de remettre en question les choix de Saviarre. Alexandre les rassura en leur réaffirmant sa pleine confiance en Philippe Auguste et en sa politique. Il ne comptait pas déclarer une guerre sans avoir assuré ses arrières et il savait que Saviarre, malgré une verve qui ne faisait que dissimuler une certaine incertitude, ne ferait rien sans son consentement.

 

Parallèlement, les Toréadors, désormais habitués à la lutte avec la Normandie poursuivaient leurs travaux artistiques dans le cadre de l'explosion du style gothique. Yehudis parcourait toute l'Europe en quête de nouvelles techniques et participa à certains des plus prestigieux chantiers du moment, dont, évidemment, Notre Dame de Paris. Juste, quant à lui, était maintenant reconnu comme un artisan opiniâtre quoique bourru. Il partit en 1194 à Chartres afin de participer à la reconstruction de sa cathédrale. Les Toréadors ecclésiastiques jouissaient de tout le faste de cet art qui conférait une dimension irréelle aux édifices religieux. Toutefois, Toréadors et Ventrues étaient toujours opposés : Achard et Gonzague se disputaient discrètement les rênes du pouvoir et les paroisses de Paris.

 

Garibald et ses hommes virent également d'un mauvais oeil le maintien de relations entre les Anglais et les Français. Ils perdaient quelque peu prise sur les implications politiques de la situation et cédaient petit à petit du pouvoir à de nombreux intermédiaires, mortels ou non. Heinrich de Cologne quitta la Normandie pour le Saint Empire Romain Germanique où il retrouva Erchinoald. Officiellement représentant de Garibald auprès du Germain et de son état-major, il fut de plus en plus proche des Brujahs et remis en question son allégeance. Pourquoi ne pas appuyer la France vu que le vent semblait tourner en sa faveur ? Pourquoi continuer à défendre un pays désormais dirigé par un homme détesté de tous, le cruel Jean Sans Terre ? Erchinoald accepta de renouer contact avec la Grande Cour. Il envoya Klara du Clan Brujah présenter ses respects à la Cour mais la suspicion prévalut de manière évidente. Comment croire quelqu'un qui avait fait d'un des plus fidèles serviteurs du royaume un ennemi mortel et avait comploté avec lui pendant des siècles ? Toutefois, Saviarre comprit le message d'Erchinoald. Ce dernier ne lui offrait pas sa confiance par conviction mais parce que la supériorité du Royaume de France se confirmait et qu'il désirait y être rattaché. Au moins la sincérité de cet aveu clarifiait les motivations du vieux Brujah. Saviarre et Alexandre se laissèrent le temps de la réflexion et proposèrent à Klara de séjourner à Paris. Soumise à la Cour, l'émissaire devait rapporter à son maître le témoignage de la magnifiscence de Paris ainsi que sa puissance. Lorsque Richard fut libéré, en échange d'une forte rançon, sa colère était terrible. Garibald et Kulpa virent dès lors l'opportunité qui leur manquait : un roi déchu, haineux qui désirait écraser le traître qui l'avait trompé. Garibald et les Ventrues de Normandie appuyèrent de manière inconditionnelle Richard, un homme qu'ils considéraient comme "vendu aux français" à peine trois ans auparavant.

 

Le roi de France en difficulté et l'émergence d'Achard

Les péripéties des rois de France avec l'Eglise se poursuivirent avec Philippe Auguste qui répudia Ingeburge du Danemark quelques jours après son mariage en 1193. L'affaire fit scandale et divisa la classe religieuse. L'annulation du mariage fut prononcée après un simulacre de procès dont le pape ne reconnut pas la validité. Gonzague ne pouvait tolérer un tel manquement et refusa de cautionner les actes de Philippe plus longtemps. Il entra ainsi en conflit avec Saviarre qui exigeait de lui qu'il use de ses relations à Rome afin de régler le problème. Achard profita de ces troubles pour ternir la crédibilité de Gonzague auprès des vampires de Paris mais également de ses interlocuteurs mortels. L'indécision très visible de Gonzague lui porta suffisamment préjudice pour que Saviarre lui ordonne de quitter le royaume pour Rome. Achard renforça la position du Clan Toréador à Paris et remarqua rapidement les agents de Quintavallis ainsi que le rôle de Gigues et de Marion. Il remonta sans peine jusqu'à Thibaud qu'il menaça de dénoncer à la Cour s'il ne lui concédait pas quelque arrangement. Thibaud accepta et lui fournit le soutien de la faction dissidente du Clan Ventrue à Paris. Les édifices religieux ainsi que toutes les structures et organisations qu'il parrainait étaient ainsi censées être protégées.

 

Les Mains Sales de Miguel et Kulin continuaient leur travail de sape, sans grand projet ni ambition. Certes Miguel obéissait à Cassius dans une certaine mesure mais aucune directive digne de ce nom n'entraîna de grand bouleversement dans "l'organisation" de la horde. Souteneurs, brigands, racketteurs de tous poils constituaient le gros des troupes. Quand la nouvelle de l'alliance possible d'Erchinoald avec la Cour vint aux oreilles de Kulin, ce dernier se trouva dans l'embarras. Il ne faisait absolument pas confiance à Miguel et se sbires et craignait d'être pourchassé au cas où il abandonnerait les Mains Sales. De plus, Kulin disposait d'une information capitale dont il ne savait que faire en ces temps troublés. Il était pour l'instant incapable de déterminer qui serait son allié du lendemain. En effet, Kulin avait appris le retour des Tremeres à Paris. Un Nosferatu lui avait rapporté une activité suspecte dans un château au sud de Paris mais il ne pouvait être sûr d'avoir affaire aux Usurpateurs ou à quelque cabale de mages hermétiques. Une investigation plus poussée, et personnelle, lui apprit que les Tremeres était en ville depuis quelques années sans que personne n'en sache rien. Ils officiaient dans le Collège Saint Baptiste, un bâtiment de la rue Saint Jacques qui faisait face au Collège de Cambrai. Les interrogations de Kulin firent de lui une proie facile pour l'habile Achard qui lui proposa son aide et lui extirpa les informations qui l'intéressaient. Achard décida de prendre contact avec les Tremeres et rencontra Chardot Fouchin, un de leurs plus éminents représentants. Cette entrevue déboucha sur un pacte peu commun. Achard accepta de ne pas révéler la présence du Clan Tremere et leur proposa même le soutien indirect des forces de Thibaud, en échange de quoi Achard désirait apprendre des Tremeres leurs secrets thaumaturgiques. La mort de Baudoin avait beaucoup affecté le Toréador et sa fuite en Italie après cet événement lui laissa le temps de réfléchir à sa condition et à la valeur de ses engagements. Nous savons déjà qu'il revint en France fort de nouveaux alliés au sein de l'Eglise Romaine mais il ne s'agissait aucunement de Toréadors. C'était le Clan des Disciples de Seth qu'il avait rencontré et si Achard préféra se séparer rapidement de ses nouvelles relations, c'était peut-être par crainte de s'abandonner totalement à leur séduisante doctrine. Malgré tout, sa curiosité avait été piquée au vif et il pensa que les Tremeres constituaient une superbe occasion de poursuivre ses recherches. Débarassé de ses scrupules religieux et animé par une colère maîtrisée à l'encontre de Saviarre, Achard se forgea une position inattendue sur la scène parisienne. D'une intelligence supérieure, il se hissait sans bruit à la hauteur des plus grands.

 

Les frères ennemis

Le retour de Richard en Angleterre était très attendu par les Ventrues et les Toréadors insulaires. Garibald n'était pas sûr de ce que Mithras réservait au roi impétueux mais force est de reconnaître que les Normands furent exaucés. En 1194, Richard se réconcilia avec son frère Jean Sans Terre et repartit à l'assaut de la France. La guerre fut à la hauteur de l'amitié qui avait uni les deux hommes et rien ne semblait pouvoir résister à Richard. Comme d'habitude, à l'heure où le pouvoir central est menacé, les charognards ne sont jamais loin et les Mains Sales profitèrent du chaos de la guerre pour proliférer. Enguerrand dut réagir violemment quand il s'aperçut que certaines factions étrangères avaient investi Paris. Des Tzimisces mais également d'autes caïnites venant d'Orient étaient accusés de perpétrer des crimes à l'encontre des intérêts de la Cour. Lore de Chatres prédit que le coup porté par Enguerrand ne resterait pas impuni et que des bas-fonds jaillirait une horde qui ferait frémir rois et puissants. Compte tenude l'état d'urgence, les Brujahs de Paris dirigés par Septimus envoyèrent Karla auprès d'Erchinoald. Considérant que Saviarre et Alexandre mettaient trop de temps à délibérer, Septimus prit l'initiative de lui affirmer son soutien en cas de retour en France. Il lui demandait en échange de mettre en oeuvre son influence au cas où la guerre contre Richard tournerait mal. Erchinoald accueillit favorablement le message et envoya une délégation à Paris en 1195. Les Brujahs Peter von Basel, Frank Dunst et Mutimir firent forte impression lorsqu'ils arrivèrent dans les appartements de Septimus situé dans un hôtel de la rive gauche. Seul Peter von Basel parlait français et les moeurs guerrières des trois vampires transparaissaient de manière évidente au travers de leurs manières rudes et de leur carrure imposante. Septimus fit son possible pour que les envoyés d'Erchinoald ne soient pas trop tapageurs et évita les incidents les plus graves.

 

Saviarre avait enfin sa guerre et elle lança ses plus fidèles lieutenants dans la bataille : Conrad et Sigebert, bien sûr, mais aussi Richard de Yerville. Les Gangrels, ralliés par Schreier, maintinrent la pression sur lesconvois normands mais perdirent leur cohésion au bout de quelques mois. Schreier perdait sa cédibilité en tant que guerrier et c'est sur les traces d'une légende que s'élancèrent beaucoup de Gangrels : un certain Boadach, dont on disait qu'il était revenu d'entre les morts. Quintavallis et Thibaud se limitèrent à la ville de Paris tandis qu'Achard entretenait ses relations avec Kulin, les Tremeres et Thibaud. De plus en plus fréquemment, il reçut la visite d'hôtes mystérieux qui dissimulaient leurs traits en toute circonstances ; à n'en pas douter des connaissances italiennes venues se rappeler à son bon souvenir. Cassius se montra fréquemment au bras de Lore de Chatres et il goûtait fort ses prédictions. Les Brujahs affirmèrent que Lore devait l'abreuver de visions où elle et lui prenaient la place de Saviarre et d'Alexandre afin de s'attirer ses faveurs. Aussi la Cour subit-elle les interventions turbulentes de Raimbaud, l'infant de la Malkavienne qui fut introduit par Cassius en personne.

 

En 1195, une trève fut signée entre Français et Anglais. Elle fut salutaire pour Philippe qui avait toutes les peines du monde à contenir son adversaire. Ventrues Normands et Français se battaient pied à pied au cours de chacune des batailles. Depuis les invasions barbares, jamais les caïnites ne s'étaient affrontés aussi ouvertement. Garibald et Heinrich se seraient avancés eux-mêmes au coeur de l'affrontement après que certains de leurs informateurs aient affirmé avoir vu Alexandre déchirer les corps de dizaines de soldats. Evidemment, cette rumeur n'a pu être confirmée.

 

Aujourd'hui

L'aventure amoureuse de Philippe avec Agnès de Méranie scella les relations entre la papauté et le royaume de France. Accusé de bigamie par Innocent III, Philippe fut excommunié et l'interdit, prenant effet en janvier 1200, fut prononcé sur tout le royaume. Coup dur pour les Ventrues : Achard et Quintavallis sautèrent sur l'occasion et entreprirent, sans se concerter, de réorganiser leur stratégie vis à vis du clergé parisien. Une nouvelle trève entre Philippe et Richard fut proclamée. Sans doute aussi labile que la précédente, la trève ne convainquit personne et bien peu croyaient en le retour de la paix jusqu'au décès providentiel de Richard, le 6 avril 1199. La France n'avait plus d'ennemi direct et la communauté vampirique crut à peine au répit que le destin leur accordait. Après cinq ans de guerre, le royaume de France avait été fortement ébranlé par la hargne de Richard Coeur de Lion et n'aurait pas supporté plus.

 

Ici et maintenant, en très bref :

Les Ventrues proches de Saviarre et d'Alexandre sont rentrés à Paris afin d'établir un bilan du combat. Thibaud et Quintavallis poursuivent leur infiltration dans le commerce et le clergé. Les Ventrues commerçants Felip de Lombardie et Baptiste exploitent confortablement le réseau qu'ils ont établi avec le Lasombra Barzalomeus. Ce dernier est toujours associé à Giannis de Licatia pendant que Marion et Gigues de Colmar convoitent le pouvoir temporel et administratif de Paris. Septimus, Ranerius et Schreier participent à la formidable expansion intellectuelle de Paris et se mêlent bien peu des querelles de pouvoir. Les Tremeres travaillent en secret et distillent leur savoir à Achard qui les protège en utilisant les forces de Thibaud. Les Nosferatus menés par Torsteinn et Guillaume minent le sous-sol parisien et ont élu domicile dans le cimetière des Saints Innocents. Torsteinn est en bons termes avec Ranerius auquel il laisse libre accès aux cryptes. Guillaume, quant à lui, entretient sa cohorte d'informateurs au service du pouvoir Ventrue (et de Saviarre en particulier). Les Mains Sales dirigées par Miguel de Cordoba font figure de cour des miracles vampirique et sont toujours la honte de la cité. Enguerrand les pourchasse activement depuis que Gigues poursuit ses propres objectifs. Cassius, censé manipuler les Mains Sales, s'est entiché de la Malkavienne Lore de Chartres et lui passe toutes ses frasques. Les Brujahs d'Erchinoald rongent leur frein et maîtrisent péniblement leur ardeur. Les Toréadors s'investissent dans le clergé ou l'architecture religieuse, comme Yehudis, Juste ou Osbert. Honfroi, toujours goule de Yehudis dispense des cours à l'Université. Garibald et Heinrich ruminent sur le statu quo actuel, tout comme le fait Saviarre, et préparent la contre-attaque tout en conservant un oeil inquiet sur Mithras. Erchinoald s'apprête à prendre une décision à propos de son allégeance à la Grande Cour.

 

Les luttes intestines entre Toréadors et Ventrues reprennent de plus bel avec la mort de Richard, la polémique religieuse suscitée par Philippe Auguste et la fin de la guerre.

 

 

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